
La La clit’lit fait du bruit dans le Landerneau virtuel …. Le buzz quoi… On comprend tout de suite qu’il s’agit d’un truc de fille. Et de blog. Ne froncez pas les sourcils, ne faites pas votre vieux machin dépassé, car oui, bien sûr, le clitoris vous est venu spontanément à l’esprit ; mais si le préfixe sexué a dardé son bout de nez tout seul, le suffixe du mot vous laisse perplexe.
Lit ne vous évoque rien ? Alors voilà : « Lit » signifie littérature. Sur le net, littérature veut dire aussi production. La Clit’lit est donc une littérature excitante produite par des femmes sur un blog.
L’article du Guardian, relayé par le site actualitté.com nous dit que le concept de la clit-lit nous vient d’outre Manche. Pourtant ce phénomène s’est installé depuis quelque temps sur les pages françaises de la toile, ça se bouscule pour prendre les premières places du devant de la scène érotique. On surveille l’élévation de son blog rank, si ça grimpe fort et vite, c’est que les textes sont efficaces et très lus. Donc qu’on est bonne. Clit’littérairement parlant.
Si ces blogs étaient alimentés naguère par des images narcissiques et des vidéos d’exhibition, ils sont désormais devenus des espaces d’écriture. Tout le monde veut s’exprimer à haute voix, dire ce qui les tenaille et les encanaille, aux orties les journaux intimes cadenassés et enfermés à double tours, vive l’extime !
Les femmes se racontent, fantasment du clavier, imaginent des scenarii , les mettent en texte, avec plus ou moins de talent. Ces blogueuses découvrent inconsciemment l’érotisme de l’écriture et ses vertus jouissives.
Elles publient leurs écrits sur leurs sites, et mieux, les éditeurs numériques organisent des concours pour collecter leurs confessions, l’e-book érotique se prête merveilleusement bien à ces textes courts, on nous dit que les ventes ne cessent de progresser vertigineusement, (ce qui n’est pas anormal puisqu’elles partent de zero..), certaines blogueuses s’auto-éditent, le piment est à portée de clic, vite fait, ni vu ni connu, les lecteurs déchargent ces mots croustillants sur leurs lecteurs nomades et autres téléphones multi usages. On s’excite dans le métro, dans le train, entre deux rendez-vous.. De quoi se mettre en appétit en arrivant à une rencontre galante, ça peut faire gagner les préliminaires.
Les lecteurs les plus timides ou novices s’informent ainsi sur la sexualité, découvrent d’une autre façon les chemins du plaisir et de l’érotisme, sans tabou, hétéro ou homosexualité, pratiques fantaisistes, sans doute parce que les mots les aident à stimuler leur imagination, beaucoup mieux que la violence des images. En tous cas plus librement.
Est-ce pour autant un phénomène littéraire ? S’exprimer par l’écrit est-ce forcément faire de la littérature ? Que nous dit le lit du néologisme clit-lit ?
Rien de plus sclérosant pour la littérature que le refus d’envisager d’autres formes, de sortir des sentiers battus. Pour autant, l’amalgame peut nuire à la littérature érotique : l’indigence de l’expression, de l’orthographe, le manque d’originalité de ces textes sont souvent navrants. Leur fonction masturbatoire et libératrice ne peut être un gage de littérature. L’intérêt de ces blogs d’écrits érotiques est aussi un moyen de se sentir exister pour leurs auteurs, (parfois bien planqués derrière leurs pseudos) l’exposition immédiate de leur production est magique, aussitôt écrite, aussitôt disponible pour leurs lecteurs. L’illusion de la reconnaissance se confond avec le fantasme érotique.
Bien sûr, certains textes sortent du lot, leurs auteures s’engageront alors dans un véritable travail d’écriture littéraire.
On reproche très souvent à la littérature érotique de ne pas proposer de voix novatrice, de manquer de talent, de culture : les professionnels du monde littéraire la boudent, parfois la méprisent, ils n’exercent pas (ou si peu) leurs métiers dans ce registre : les critiques ne critiquent pas ces livres, les libraires les rangent au ras du sol (parce que les lecteurs de livres érotiques se déplacent bien sûr à quatre pattes).
La clit’lit émoustille les médias en tant que phénomène sociétal, tout comme l’a été la chick lit, mot à mot : une littérature de poulettes, (Journal de Bridget Jones). Encore un truc de filles…mais qui marche, voire a réellement cartonné. La clit’lit, version moderne virtuelle et hot des Arlequins ? Il est plus douteux qu’elle figure un jour dans les pages culturelles des magazines littéraires. Et si l’érotisme en littérature est ce que la gastronomie est à la cuisine, il ne faudrait pas que la clit-lit soit du fast-food. Ou alors qu’elle l’assume.
L’érographie finalement n’est prise en compte que sur l’internet. Le terme érographie concerne ici tous les écrits relatifs au sexe, à la sexualité, à l’érotisme. Que ce soit littéraire ou pas. Quelques chroniqueurs littéraires talentueux travaillent aussi sur ce registre, ils débusquent, lisent, chroniquent les livres érotiques contemporains comme n’importe quel autre livre, se forgent une culture du genre, savent de quoi ils parlent. Parfois avec infiniment plus de culture et de profondeur que sur les pages des hebdos. Eux, alors, sauront aussi repérer les bons textes de clit’lit et séparer le bon grain de l’ivraie…
Anne Bert
Ps : il existe aussi la version homme, même si elle est plus rare, il faudrait inventer un mot, la bite’lit ? voir par ex ici, de joli style, cet auteur
crédit image : Alfred Kubin