Le corps découvert

15 mai 2012


L’Institut du Monde Arabe propose jusqu’au 15 juillet  une expo sur le thème du corps et du nu dans les arts  visuels arabes. Cette manifestation d’art moderne contemporain est tout à fait audacieuse  et vient contrecarrer   l’obscurantisme véhiculé par ceux qui  veulent nous faire croire  que les pays arabes dans leur entier sont les ennemis de l’intime dévoilé, du corps, du nu, du sexe.

Les créateurs arabes abordent la représentation du corps de façon très directe et crue, souvent bien loin des voiles poétiques qui siéent aux contes des milles et une nuit. Si quelques oeuvres restent  malgré tout de facture tout à fait classique,  d’autres, notamment sur le  second niveau réalisées  par  des artistes femmes revendiquent haut et fort un désir de libération sans conteste.  Deux cents expressions  d’art plastique, photos, tableaux, sculptures, vidéos et  bandes-son témoignent du non-dit   et  du non montré qui faussent notre vision du monde arabe.  Tous les thèmes les plus tabous sont abordés, le plaisir féminin, l’homosexualité masculine,  la souffrance,  la violence, la joie,  l’érotisme dans la  maternité. Une très belle série de photos d’homos masculins dégage une  douceur et une tendresse  inouïe. Quelques films et vidéos, dont  une partie de ping-pong :    une femme nue  et impassible  allongée  en travers de la table sert de filet, les impacts des balles  marquent son corps donnant lieu à tout interprétation… Comme quoi  l’art reste le meilleur des vecteurs d’une réalité que l’on veut faire  taire.

Emballée par l’expo, j’ai regretté pour ma part le manque d’informations relatives à chaque oeuvre ou artiste et la fraîcheur de l’accueil et du lieu. C’était ma première visite à l’Institut de Monde Arabe, l’idée de franchir la Méditerranée me faisait espérer une chaleur ambiante…

Anne Bert

Temps de passion

7 avril 2012

Ce très beau texte  de Sainte Thérèse d’Avila que j’ aime donner en lecture publique (accompagnée par le violon et Bach)  est pour moi le plus  bouleversant des  textes érotiques. Le corps de Sainte Thérèse n’est pas réfractaire à l’amour qu’elle voue à Dieu, Thérèse détient la grâce de savoir dire ce qui trouble ses sens,  l’érotisme bruit à chaque mot de l’aveu,  le souffle court de la sainte est perceptible.

Sainte Thérèse , sainte catholique  espagnole du 16 ème siècle  fut une réformatrice monastique. Ainsi, le caractère sensuel de cette scène d’extase spirituelle  consignée dans son autobiographie  suggéra de nombreuses allusions érotiques et suscita  à l’époque bien évidemment des réserves morales. Beaucoup  de catholiques encore aujourd’hui, refusent de voir dans ce texte une quelconque évocation de trouble érotique…Il n’y a de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir..


“Tandis que j’étais en cet état, il plut au Seigneur de me favoriser à différentes reprises de la vision suivante. Je voyais près de moi, du côté gauche, un ange sous une forme corporelle. … Il n’était pas grand, mais petit et extrêmement beau. A son visage enflammé, il paraissait être des plus élevés parmi ceux qui semblent tout embrasés d’amour. Ce sont apparemment ceux qu’on appelle Chérubins, car ils ne me disent pas leurs noms. Mais il y a dans le ciel, je le vois clairement, une si grande différence de certains anges à d’autres, et de ceux-ci à ceux-là, que je ne saurais l’exprimer. Je voyais donc l’ange qui tenait à la main un long dard en or, dont l’extrémité en fer portait, je crois, un peu de feu. Il me semblait qu’il le plongeait parfois au travers de mon cœur et l’enfonçait jusqu’aux entrailles. En le retirant, on aurait dit que ce fer les emportait avec lui et me laissait tout entière embrasée d’un immense amour de Dieu. La douleur était si vive qu’elle me faisait pousser ces gémissements dont j’ai parlé. Mais la suavité causée par ce tourment incomparable est si excessive que l’âme ne peut en désirer la fin, ni se contenter de rien en dehors de Dieu. Ce n’est pas une souffrance corporelle. Elle est spirituelle. Le corps cependant ne laisse pas d’y participer quelque peu, et même beaucoup. C’est un échange d’amour si suave entre Dieu et l’âme, que je supplie le Seigneur de daigner dans sa bonté en favoriser ceux qui n’ajouteraient pas foi à ma parole. Les jours que durait cette faveur, j’étais comme hors de moi. J’aurais voulu ne rien voir et ne point parler, mais savourer mon tourment, car il était pour moi une gloire au-dessus de toutes les gloires d’ici-bas.”

L’extase, autobiographie  de Sainte Thérèse d’Avila.

Sculpture Gian Lorenzo  Bernini

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J’ai pour ma part, inspirée par la Passion de Pâques, rédigé un texte : Temps de passion

publié sur le site de La vénus Littéraire

Anne Bert

De la clit’lit à la littérature érotique : le grand écart ?

20 mars 2012

La La clit’lit fait du bruit dans le Landerneau  virtuel …. Le buzz quoi… On comprend tout de suite qu’il s’agit d’un truc de fille. Et de blog.  Ne froncez pas les sourcils, ne faites pas votre vieux machin dépassé, car  oui,  bien sûr,  le clitoris vous est venu spontanément à l’esprit ;  mais si le préfixe sexué  a dardé son bout de nez tout seul,  le suffixe du mot  vous laisse perplexe.

Lit ne vous évoque rien ? Alors voilà :  « Lit » signifie littérature.   Sur le net, littérature veut dire aussi production.   La Clit’lit est donc une littérature excitante produite  par des femmes sur un blog.

L’article du Guardian, relayé par le site actualitté.com nous dit que  le concept  de la clit-lit nous vient d’outre Manche.  Pourtant ce phénomène  s’est installé depuis quelque temps sur les pages françaises de la toile, ça se bouscule pour prendre les premières places  du devant de la scène érotique. On surveille l’élévation de son blog rank, si ça grimpe fort et vite, c’est que les textes sont efficaces et très lus. Donc qu’on est bonne. Clit’littérairement parlant.

Si  ces blogs étaient  alimentés  naguère par des images  narcissiques et des vidéos d’exhibition, ils sont  désormais  devenus des espaces d’écriture.  Tout le monde veut s’exprimer à haute voix,  dire ce qui les tenaille et les encanaille, aux orties  les journaux intimes cadenassés et enfermés à double tours,  vive l’extime  !

Les femmes  se racontent, fantasment du clavier,  imaginent des scenarii , les mettent en texte, avec plus ou moins de talent.   Ces blogueuses découvrent inconsciemment l’érotisme de l’écriture et ses vertus jouissives.

Elles publient leurs écrits sur leurs sites,  et mieux, les éditeurs numériques organisent des concours pour collecter leurs confessions,  l’e-book érotique  se prête merveilleusement bien à ces textes courts,   on nous dit que les ventes ne cessent de progresser vertigineusement, (ce qui n’est  pas anormal  puisqu’elles partent de zero..), certaines blogueuses  s’auto-éditent,   le piment est à portée de clic, vite fait, ni vu ni connu,  les lecteurs déchargent ces mots croustillants sur leurs lecteurs nomades et autres téléphones multi usages. On s’excite dans le métro, dans le train, entre deux rendez-vous.. De quoi se mettre en appétit en arrivant à une rencontre galante, ça peut faire gagner les préliminaires.

Les lecteurs les plus timides ou novices s’informent ainsi sur la sexualité, découvrent  d’une autre façon les chemins du plaisir et de l’érotisme,  sans tabou, hétéro ou homosexualité, pratiques fantaisistes, sans doute parce que les mots les aident à stimuler leur imagination, beaucoup mieux que la violence des images. En tous cas plus librement.

Est-ce pour autant un phénomène littéraire ? S’exprimer par l’écrit est-ce forcément faire de la littérature ? Que nous dit  le lit du néologisme clit-lit ?

Rien de plus sclérosant pour la littérature  que le refus d’envisager d’autres formes,  de sortir des sentiers battus. Pour autant, l’amalgame peut nuire à la littérature érotique :   l’indigence de l’expression, de l’orthographe,   le manque d’originalité de ces textes sont souvent navrants. Leur fonction masturbatoire et libératrice ne peut être un gage de littérature. L’intérêt de ces blogs d’écrits érotiques est aussi un moyen de se sentir exister pour leurs auteurs, (parfois bien planqués derrière leurs pseudos) l’exposition immédiate de leur production est magique,  aussitôt écrite, aussitôt disponible pour leurs lecteurs. L’illusion de la reconnaissance  se confond avec le fantasme érotique.

Bien sûr, certains textes sortent  du lot, leurs auteures  s’engageront alors dans un véritable travail d’écriture littéraire.

On reproche très souvent à la littérature érotique de  ne pas proposer de voix novatrice, de manquer de talent, de culture :   les professionnels du monde littéraire la boudent,  parfois  la méprisent, ils n’exercent pas (ou si peu) leurs métiers dans ce registre :   les critiques ne critiquent pas ces livres, les libraires les rangent au ras du sol (parce que  les lecteurs de livres érotiques se déplacent  bien  sûr à quatre pattes).

La clit’lit émoustille les médias en tant que phénomène sociétal,  tout comme l’a été la chick lit, mot à mot :  une littérature de poulettes,  (Journal de Bridget Jones). Encore un truc de filles…mais qui marche, voire  a  réellement cartonné. La clit’lit, version moderne  virtuelle et hot des Arlequins ?  Il est plus douteux qu’elle figure un jour dans les pages culturelles des magazines littéraires. Et si l’érotisme en littérature est ce que la gastronomie est à la cuisine, il ne faudrait pas que la clit-lit soit du fast-food. Ou alors qu’elle l’assume.

L’érographie  finalement n’est prise en compte  que sur l’internet.  Le terme érographie concerne ici  tous les écrits relatifs au sexe, à la sexualité, à l’érotisme.  Que ce soit littéraire ou pas. Quelques chroniqueurs littéraires talentueux  travaillent  aussi sur ce registre, ils débusquent, lisent, chroniquent les livres érotiques contemporains comme n’importe quel autre livre, se forgent une culture du genre, savent de quoi ils parlent.  Parfois avec infiniment plus de culture et de profondeur que sur les pages des hebdos.  Eux, alors, sauront aussi repérer les bons textes de clit’lit et séparer le bon grain de l’ivraie…

Anne Bert

Ps : il existe aussi  la version homme, même si elle est plus rare, il faudrait inventer un mot, la bite’lit ?  voir par ex ici,  de joli style, cet auteur

crédit image : Alfred Kubin

lecture de Perle sur la RTBF1ère

14 février 2012

Gabrielle Stefanski lit les premières pages de Perle dans son émission Parlez-moi d’amour du samedi 4 février 2011 sur la RTBF 1ère

Cette  mise en voix chaude et sensuelle de l’extrait  choisi est cependant expurgé de certains  mots trop crus pour l’antenne. Mais ceci de façon très limitée. Merci à elle pour cette belle lecture et le programme musical fort bien inspiré  qui l’accompagne.

lecture ici